lundi 21 avril 2008

Radiozonzon :nouvelle adresse


Attention, Radiozonzon change d'adresse. Vous pourrez désormais retrouver le blog satirique de l'édition à :

http://www.lekti-ecriture.com/blogs/radiozonzon/

Le texte ci-dessous expose les raisons de semblable changement.

A bientôt

Zonzon

Radiozonzon déménage sur Lekti



Radiozonzon est désormais hébergé sur Lekti : que faut-il en penser ? Après quelques mois d’existence, déjà la reconnaissance ? Trop facile, disons-le, car rien ne vaut, lorsque l’on polémique, d’être connu plus que reconnu. Seulement quelques mois d’existence, et voilà que radiozonzon est déjà récupéré ? Que nenni et foin de récupération : Lekti ne sait pas qui je suis (mais je sais qui ils sont), et ne le saura pas, cela je vous le garantis. Encore quelque mois d’existence, et zonzon sera bien riche ? Je m’esclaffe, car ce site n’a même pas les moyens d’un tout petit pot de vin (genre un verre au comptoir). La vérité est autre, et elle est bien plus simple : j’ai exigé d’être présent ici et Joël Faucilhon, son fondateur-directeur-webmaster (ca fait beaucoup pour un seul homme, non ? L’inspection du travail devrait mettre son nez là dedans), n’a pu s’y opposer. Pourquoi ? Parce que j’ai des dossiers et que je n’hésiterai pas à les utiliser. C’est vilain ? J’espère bien : après la calomnie, il me manquait le chantage et voilà qui est fait.
Et oui, c’est triste à dire mais vrai : Joël Faucilhon n’est pas celui qu’on croit. Tout le monde l’apprécie pourtant et vous peinerez à lui trouver un seul ennemi sérieux (à part peut-être François Bon, mais celui-ci déteste tout le monde ou presque). C’est que l’homme suscite l’empathie : on dirait un croisement entre Gaston Lagaffe et un teletubbies femelle. Du premier, il a gardé le goût des espadrilles, des pulls en toutes saisons et des incessantes expériences ; du second, il a hérité d’un penchant prononcé pour l’écran et pour toutes les nourritures à base de potiron. Le tout fait un ravage : trois minutes avec lui et voilà que vous l’aimez ! Il n’y a, pour s’en persuader, qu’à regarder le sillage que laisse son passage sur le salon du livre : tous sont plus gais après une petite causerie durant laquelle il sait placer (dans l’ordre) informations sérieuses (en parlant plus doucement pour se donner l’air grave), questions sur votre santé (il adore les ordonnances : vous pouvez lui montrer) et promesses de mise en relation avec l’un de ses affidés (dont les coordonnées ne vous seront jamais transmises, mais bon…). C’est bien au point tout de même, et toulousain de surcroît : bref, tout ce qu’il faut pour régaler Paris.
En plus, il fait bien la cuisine (exigez son sauté de sanglier à la sauce barbare, lektispécialité) et a une femme charmante (jolie, intelligente, avenante et pas pesante : toutes les qualités), que donc vouloir de plus ? La vérité, mes frères, car les zones d’ombre ne manquent pas ! À commencer par ces étranges rumeurs (dont j’ai des preuves bien sûr) portant sur l’état de santé des chèvres pyrénéennes : elles se portent bien mieux depuis que Lekti est à Paris et détalent chaque été lorsque Joël revient. Des bergers soupçonneux ont bien tenté d’incendier sa modeste demeure, mais sans succès aucun : « le satyre de Montpellier » (seul signalement connu : grand, chevelu, une paire de Converse, ça ne vous rappelle rien ?) s’abriterait dans des grottes. Par contre, furent signalées (depuis septembre dernier) de sérieuses dépressions au sein du zoo de Vincennes : les mouflons à manchette n’ont plus goût à la vie et refusent de quitter le sommet du grand rocher, par crainte « d’on ne sait quoi » (comme l’écrit Le Pharisien libéré). J’ai bien sûr une piste sérieuse et la police enquête, mais (faute de moyens sans doute) les fiches d’Interpol ne concernent pas les bêtes…
Je sais, c’est écœurant, mais ce n’est encore rien comparé au plus grand secret de ce triste individu : ses relations inavouées avec l’ennemi Amazon. Parler d’adversité est en fait se situer bien au-dessous de la vérité tant la tension est vive entre les deux entités. Lekti est, pour le géant américain, une sorte de Moby Dick : traqué, honni, submersible, et jamais harponné ! Amazon est, pour le petit Français, l’équivalent des Romains d’Asterix : organisés, puissants, omniprésents, mais tellement empotés ! Ce que l’on ne sait pas, c’est que cette inimitié résulte d’une collaboration puisque Joël Faucilhon fut membre de cette grande entreprise. Et quel membre, mes frères ! Chapeau bas ! 8 fois employé du mois, 2 fois « amazone » de l’année, il se vit même décerner un « carton d’or » récompensant son œuvre de magasinier ! Et malgré cela : peanuts ! Récompensé à coup de goodies (la tirelire : « Amazon, près de vos sous, proche de vous ») et de vagues promesses de RTT, Joël attendit vainement le diable entièrement chromé avec poignées ergonomiques qui lui fut à maintes reprises promis. Ressentiment, tristesse puis révolte menèrent à ce qui est désormais nommé le « vendredi rose » de l’histoire d’Amazon : le don et l’expédition de 3000 exemplaires de Je m’en vais aux plus fidèles clients du site américain.
Et oui, ça fait beaucoup, et encore ce n’est pas tout : des infos, j’en ai plein mais je les garde pour moi (pour l’instant du moins). Car, et quel que soit le pédigré de son grand président, je respecte Lekti, son action, ses convictions, et surtout son ambition déclarée : réconcilier Casimir et Bill Gates ! Reconstruire L’Ile aux enfants avec des circuits imprimés et faire du monstre orange à pois multicolore (dont rondeurs et bonne humeur ne sont pas sans rappeler Daniel Delort, de l’Atelier du gué) un des acteurs du livre ! Longue vie au petit scribe blanc sur fond rouge ; et n’oublie pas, Lekti : Radiozonzon te regarde !

dimanche 6 avril 2008

"Femme au volant, mort au tournant"

Ce texte est une satire n'ayant aucune prétention à la vérité. Il n'a pas vocation à informer mais à porter sur le monde du livre un regard moins triste et convenu qu'à l'accoutumée.

« Femme au volant, mort au tournant », pourrait être l’un des adages de notre petit monde. Et oui, amis du livre, je sais, ça ne se dit pas, mais les faits sont bien là. À qui, au sein du sexe faible, a-t-on confié le volant, l’organe de direction, d’un groupe d’édition dans nos temps dits « modernes » ? Faire le compte n’est pas bien long et les doigts de la main suffisent (même si on est manchot) : seules me semblent pouvoir être nommées Teresa Cremisi (bras droit d’Antoine Gallimard devenue tête de pont de Rizzoli) et Françoise Nyssen (mais « c’est la fille de… », chuchotte-t-on tout bas, histoire d’en faire tout autre chose qu’une femme et de la ranger dans la même case qu’Irène Lindon).
« Vous avez, chère Françoise Nyssen, un charme très particulier, fait de détermination et de légèreté, de dynamisme et de discrétion, de gaieté et de rigueur, de grâce et d'autorité » : les propos de Renaud Donnedieu de Vabres à celle qu’il fait chevalier (chevalière ?) de la Légion d’Honneur (en citant au passage époux et géniteur) montrent bien qu’il y a là problème. On pourrait continuer la liste (élégance et compétence, douceur et fermeté, intuition et résolution…) afin de s’en persuader : ces femmes évoluent au sein d’un monde d’hommes et ces « et » signalent que c’est avec une virilité qu’elles se doivent de composer. « Elles sont pires que des mecs », disent leurs détracteurs : bien sûr, bandes d’idiots, puisqu’elles ne peuvent être « autres que des mecs » qu’au risque d’une marginalité qu’Antoinette Fouque a su faire rimer avec dignité. Anne-Marie Métailié, Joelle Losfeld, Viviane Hamy, Marion Mazauric ou Sabine Wespieser, qui ont toutes sues renouveler ce livre qui nous tient à cœur, lui doivent certainement quelque chose.
Elles sont belles et bien là, mais le chemin menant de la femme
« respectable » (comme dit Anne-Marie Métailié) à la femme respectée est toujours escarpé et ce n’est pas un hasard si celles citées ci-dessus préférèrent carrément se passer de patron. Travailler avec des hommes, ça passe, mais sous des hommes, ça lasse, et, dans le livre comme partout, les ovaires ne sont pas un argument de carrière. On embauche bien sûr (en craignant que le premier CDI ne soit immédiatement suivi d’un congé de maternité), on promeut quelquefois (généralement une fois cette soif de gestation passée), mais rarement jusqu’au sommet. Pour une Agnes Touraine, qui seule se vit reconnaître le statut de « cheftaine d’entreprise », combien de femmes de l’ombre, écoutées mais jamais aux responsabilités, vinrent grossir les rangs fort français de ces créatures influentes à défaut d’être couronnées ? Courtisanes, intrigantes, images d’Épinal de rôles forcément seconds et purs produits d’un monde qui occulte moult vulgarités sous couvert de culture, chose dite noble à dessein ? Oui et mille fois oui, répond Radiozonzon, car la (petite) place qu’occupent les femmes au sein de cette profession fort féminisée me semble faire partie des non-dits au même titre que l’homosexualité (que l’on a, dans le livre, coutume de cacher) ou la couleur de peau (car tout cela est blanc, si blanc…).
Et parmi toutes les femmes, il en est une qui pâtit plus que toute autre de l’ensemble de ces travers : la stagiaire. Arrivant quand vient l’été, et donc issue d’une formation aux métiers du livre (c’est-à-dire compétente), et donc vêtue de saison par une robe légère (c’est-à-dire aguichante), elle cumule en effet toutes les tares et apprend rapidement à concevoir ses trajets au sein de la maison d’édition en fonction des regards pesants qu’elle risque de rencontrer. Son objectif est clair : éviter les mâles salivant sur son corps âgé d’une vingtaine d’années seulement et scandant intérieurement « BAT, BAT » (Bon à tirer) ! Jeune pousse devenue proie, son avenir passe par un mâle apprentissage : garder intacte sa vertu et sourire poliment à tous ceux qui n’ont de cesse de vouloir y attenter.

mardi 25 mars 2008

L'édition : un système « vache-bouse-mouche » ?

Ce texte est une satire n'ayant aucune prétention à la vérité. Il n'a pas vocation à informer mais à porter sur le monde du livre un regard moins triste et convenu qu'à l'accoutumée.

« Il y a trop de petits éditeurs. Ils encombrent les rayonnages des librairies », déclarait M. Francis Esménard dans une interview à Paris Match (excusez du peu) du 23 mars 2006. Venant du directeur du 5e groupe d’édition français (en gros, le plus petit des gros), du petit-fils de l’illustre Albin Michel, de celui qui a donné au monde les proses limpides (voire carrément translucides) de Bernard Weber ou d’Amélie Nothomb, l’alerte est à prendre au sérieux : vision d’horreur que ces milliers d’ouvrages de La Fabrique paralysant les rayons de sciences humaines, sans parler de FNAC croulant sous le poids des poésies de L’Escampette ou des fictions de Tristram… Aux armes, amis du livre : des armées de typographes voyants grands, d’imprimeurs trop gourmands, d’auteurs en rupture de ban, viennent jusque dans vos librairies engorger vos réserves et offices ! Jetez sur le pavé le Rmiste distingué osant faire carillonner votre belle porte vitrée.

On le reconnaît facilement : attendant le bon moment en battant le pavé (comme s’ils n’aimaient les librairies que désertes), il s’approche de vous en fourbe (l’air de rien, regardant quelques livres qu’ils ne souhaitent en rien acheter) pour mieux vous mettre sous le nez de délicieux petits ouvrages imprimés sur vergé (papier magique que M. Hubert Nyssen semble avoir définitivement estampillé « artisan »). Et vive Arnaud Nourry (président d’Hachette Livre, le gros des gros cette fois) qui, dans le Libération du jeudi 7 septembre 2006, se dit prêt à régler leur compte à tous ces insolents : « On sait, au demeurant, que l'augmentation des titres vient plutôt des moyennes et petites maisons d'édition. À terme, le mouvement engendrera probablement un retour de balancier. » Ils sont prévenus les bougres et espérons pour eux qu’ils retiennent cette simple leçon : la taille compte ! Ta, ta, ta, je vous entends déjà : pourquoi ne pas parler de « bons », de « mauvais » ou de « faux » livres et poser avant tout des problèmes esthétiques ? Parce que, soyons sérieux mes frères, le livre est une économie faite de « petits », « gros » et « moyens » éditeurs qui forment une délicate organisation sur lesquels les propos de messieurs Noury et Esménard font enfin la lumière : le « système vache-bouse-mouche ».
  • La vache : plus grosse composante de l’édifice, elle se distingue avant tout par son rythme de production (le recours à des outils industriels, comme la trayeuse automatique, lui étant un soulagement), ses complexes relations avec son environnement (l’absorption de sa pâture se faisant selon quatre phases successives : déjeuner et simple mastication, envoi massif de bactéries ou « prise de participation », digestion à proprement parler et enfin complète dilution ou « filialisation ») et sa capacité à constituer (lorsque trop vieille pour opérer dans notre économie moderne) un simple tas de viande (son unique valeur résidant alors dans la masse accumulée au cours de son existence : la vache est dite de « réforme » et peut alors être dépecée).
  • Nettement plus petite que la vache, la bouse s’apparente à un déchet, à quelque chose ne possédant plus d’utilité flagrante : se situant aux antipodes du pis, elle incarne en fait une autre temporalité puisque, à force de patience, au terme d’un processus durant plusieurs années, elle vient nourrir le sol et bonifier le pâturage. La bouse représente en ce sens le cadeau de la vache à une humanité soucieuse de se ménager un avenir et de ne pas s’inscrire dans le seul présent de la traite quotidienne.
  • La mouche constitue l’élément le plus problématique de ce bucolique ensemble car, on a beau chercher, on ne parvient jamais à cerner nettement le produit de sa suractivité : microscopique, bruyante, agile, elle virevolte sans qu’on puisse jamais l’attraper et n’hésite pas à voler à la vache quelques forces vitales. Trop lourd et occupé à ruminer, le mammifère ne peut rien contre l’agaçant insecte si ce n’est agiter une queue ridicule et émettre quelques protestations de pure forme.

Ce curieux attelage forme ce que le clairvoyant François Rouet propose de nommer un « oligopole à franges » : des entités éditoriales de tailles différentes partagent un même espace et se retrouvent une fois l’an, à la porte de Versailles, pour d’improbables cocktails dans lesquels les blousons cloutés de Marion Mazauric éraflent consciencieusement d’impeccables costumes Armani et où les inamovibles Converse de Joël Faucilhon tentent de piétiner les coûteux escarpins de Teresa Cremisi. Assez de cette promiscuité ! Il n’est plus possible de supporter ce monde d’un autre âge, produit d’une nature à peine civilisée qu’il nous faut absolument repenser ! Afin de permettre au livre français de reprendre sa place dans le monde, il nous faut appliquer quelques mesures d’urgence.

  1. Extraire la bouse de son environnement afin qu’elle ne puisse plus être d’aucune aide à la mouche : cette première solution passe par un rachat pur et simple assorti d’une totale liberté de publier (et donc de féconder le terreau de l’édition) et d’une stricte interdiction de créer de nouvelles structures se rapprochant de l’insecte.
  2. Éloigner la mouche de la vache afin d’obliger l’agaçante créature à puiser sa subsistance dans des forces nettement plus limitées : sur le salon du livre, les insectes sont ainsi relégués aux terroirs, leur vraie place, et se retrouvent ensemble sur les stands des régions, véritables marécages où les « Bzzzzzzz » se mêlent aux bruits de la dégustation de rillettes et de mauvais vin rouge.

Gageons qu’ainsi conçue, l’économie du livre fonctionnera bien mieux et que messieurs Noury et Esménard feront enfin triompher le bon sens sur l’absurde : c’est la mamelle, le pis, cette usine à liquides de plus en plus insipides, qu’il s’agit de considérer comme le centre de notre monde.

mercredi 20 février 2008

Livres Hebdo : la voix enrouée de la profession

Ce texte est une satire n'ayant aucune prétention à la vérité. Il n'a pas vocation à informer mais à porter sur le monde du livre un regard moins triste et convenu qu'à l'accoutumée.

Que dire de
Livres Hebdo ? Que c’est une institution, un monument, un véritable mémorial préservant notre histoire et fondant notre identité ? Que nenni, chers amis du livre, Radio zonzon ne goûte guère cette sorte de grandiloquence : disons-le, avouons-le, on lit Livres Hebdo surtout parce qu’il est là et qu’il ne possède aucun équivalent (ce qui n’est tout de même pas rien, je le concède platement). Publication régnant sans partage aucun sur le PLM (Paysage du Livre et de ses Métiers) et surplombant sans ciller des revues plus spécialisées (c’est tout dire…) comme le Bulletin des Bibliothèques de France ou les Cahiers du SLF, Livres Hebdo se pose en successeur d’une mythique émission de la BBC, « Les Français parlent aux Français » puisqu’il entend permettre de communiquer à ceux qui ne peuvent pas communiquer (pour des raisons que la fréquentation de n’importe laquelle des commissions du Syndicat National de l’Édition rend tout de suite évidentes) et va jusqu’à crypter ses émissions afin d’exclure toute oreille indiscrète et de n’atteindre que les seuls initiés (ce, en rejetant fort intelligemment la rédaction d’articles intelligibles au profit de celle de dépêches nettement plus revêches : « MédiaParticipations passe Le Ballon à Diversimédia », « Anecdotes se décline en Chapitre », « BPI : la file d’attente en question »…).
Livres Hebdo pourrait en fait s’appeler Notre Métier, premier intitulé de son glorieux aîné La Vie du rail : soucieux d’instituer un semblable « entre nous » au profit de professionnels ne connaissant en fait que le singulier, les deux journaux relaient les mêmes types d’informations sur les acteurs (qui sommes-nous ?), l’actualité (que savons-nous ?) et l’évolution (qu’allons-nous devenir ?) de la profession. Mais, très honnêtement, la comparaison s’arrête là, car Livres Hebdo se révèle, à la lecture, assez vite affligeant. Pensez : en plus de 720 numéros, pas un seul scandale financier digne de ce nom (même un petit, genre « Ces libraires qui lisent à l’œil » pour dénoncer les pratiques de commerçants – paraît-il surpayés – qui se font envoyer des livres qu’ils pourraient tout aussi bien acheter), pas une seule histoire de fesses (je n’accuse personne, mais bon, soyons francs, nous connaissons tous des ascensions d’autant plus fulgurantes que les jupes sont courtes et les pantalons froissés), pas même une petite calomnie (alors que nos taiseux le sont moins dès qu’on les interroge sur leurs plus proches collègues et soit disant amis)…
Ces carences sont à ce point inquiétantes qu’il nous semble urgent d’y remédier afin de permettre à
Livres Hebdo de regagner les rangs de ce journalisme d’investigation dont la France est si fière et Radio zonzon, apôtre de la critique constructive et du « Qui aime bien châtie bien », soumet ainsi quelques simples suggestions. En vrac : inviter Christine Ferrand à composer son éditorial dans une forme proche du haiku (« Le livre devient tas / Offices sans lois, colis sans fins / Hiver, été, saisons sans foi »), publier en ouverture de la section « Bibliothèque » un aphorisme de Dominique Lahary (« Ne prenons pas la fin d’un monde pour la fin du monde », « L’ordre n’est pas dans le stock mais dans la requête », « La gratuité, c’est une modalité de la tarification »…) et lui consacrer chaque semaine un atelier de méditation, intégrer Eric Hazan à la rubrique « édition » et lui laisser carte blanche (« Maurice Nadeau : un prolétaire du livre », « Bernard Fixot : le capital peut-il être moral ? », « Editis : l’autogestion comme seule solution »), embaucher Christian Thorel afin d’écrire une rubrique « S’entraîner » au sein des pages « Librairies » (« Soit une librairie présentant une surface de vente de 120 mètres carrés, d’une hauteur sous plafond de 3m20, et possédant 10 tables de 3 mètres carrés chacune. Sachant que votre stock se constitue exclusivement de livres d’une hauteur de 23,5 cm, d’une largeur de 17 cm et d’une épaisseur de 3,2 cm, calculez le nombre d’ouvrages que vous pouvez effectivement présenter au potentiel acheteur et déduisez, en vous basant sur le volume hebdomadaire de vos approvisionnements, la taille nécessaire à votre réserve. Relisez ensuite tous vos contrats d’office : que remarquez-vous ? »), et, bien sûr, confier la rubrique télématique « Les gens » à votre serviteur, Radio zonzon…
Nul doute qu’en adoptant certaines de ces propositions pleines de bon sens,
Livres Hebdo parviendrait à guérir du mal qui afflige depuis trop longtemps le monde du livre : un esprit de sérieux, une faculté à être plus grave que gai, une propension à se montrer appliqué là où il y a pourtant tout lieu d’être exalté (car, que diable, c’est de culture dont il s’agit), et une volonté de n’interroger aucune de nos libertés (de vendre, d’éditer, de conseiller, de diffuser, de lire et de ne pas lire…). Faut-il aller jusqu’à dire que Livres Hebdo souhaite nous empêcher de prendre à la légère le livre qui nous rassemble ? Disons qu’après avoir refermé chacun de ses livraisons, Radio zonzon me semble plus nécessaire encore.


samedi 16 février 2008

Thierry Wolton : mon hypothèse


Ce texte est une satire n'ayant aucune prétention à la vérité. Il n'a pas vocation à informer mais à porter sur le monde du livre un regard moins triste et convenu qu'à l'accoutumée.

Que n’a-t-on écrit ces derniers jours sur Thierry Wolton, auteur d’une infamante tribune dans les colonnes du Monde ? Christian Thorel, Jean-Paul Capitani, Irène Lindon et Antoine Gallimard ont déjà fort bien répondu à ces propos fielleux, ce qui est tout sauf évident lorsque l’on doit faire face une prose à ce point bête et méchante, mais il est une hypothèse qu’ils n’ont osé soulever et qui me semble pourtant devoir être examiné : l’usage de stupéfiants et le fait que quelques substances franchement hallucinogènes se soient complètement emparées d’un homme qui fait pourtant de la lucidité (nécessaire à l’essai, son genre préféré) sa principale qualité. Impossible en effet d’en douter à la lecture de ces lignes : « Peu importe, l'essentiel pour moi, comme pour tous les amateurs de livres sans doute, est de pouvoir trouver quand je veux, où je veux, les ouvrages qui m'intéressent. » N’importe quel clubber digne de ce nom ne s’y laisse pas tromper et reconnaît clairement dans ce « quand je veux, où je veux » la trace du « right here, right now » coutumier à la musique techno : nul doute que cette tribune fut écrite dans une ambiance festive, au milieu de beats et vibes, entre deux sets d’enfer et après plusieurs heures d’une dépense qui invite à coup sûr à trouver vieilles des choses datant « de plus d’un quart de siècle » (la loi Lang en l’occurrence) et à voir un peu partout des « combats d’arrière-garde ».
Et là, je compatis (« teufers » tous solidaires !), notamment lorsque se fait jour dans ces propos embrumés un véritable pladoyer contre une vie devenue chère : « en clair, les producteurs de livres, l'auteur d'abord, l'éditeur ensuite, sont les parents pauvres du secteur », et connaissez-vous donc, amis du livre, le prix d’une « vodka violette » et d’une pilulle d’exta dans une boîte de nuit ? Même s’il est plus probable, vu la bêtise de ses propos, que cet auteur fréquente des clubs appelés « Le Yeti » ou « Le diamant » plus que « Le Palace » ou « Les bains-douche », force est de constater que ces lignes posent un problème relevant de la santé publique plus que de la culture. Car quand même, disons-le, c’est assez sidérant : comment un homme intelligent, auteur de livres comme
Le grand bluff chinois ou La quatrième guerre mondiale (que je n’ai pas lus mais que j’imagine tout de même devoir être d’une façon ou d’une autre un tant soit peu pertinents), comment donc l’un de ces intellectuels qui sont les meilleurs ambassadeurs de la pensée française, peut-il débiter dans Le Monde un tas d’affirmations gratuites et erronées qui ferait sursauter le plus ensommeillé des contrôleurs de gestion ? Une seule réponse possible : sous l’empire de la drogue, l’esprit de M. Wolton rend l’âme et confond deux commerces voisins, ceux de la presse et du livre, car là son raisonnement se tient.
Le diffuseur de presse paye effectivement les seuls journaux qu’il vend (alors que tout libraire se doit de posséder un fonds car celui-ci rentre en compte dans la négociation de sa remise avec le diffuseur) et n’a pas à lire tout ce qu’il commercialise puisqu’il est tenu de ne faire aucune distinction entre les divers titres (alors que le savoir-faire du libraire repose précisément sur semblable distinction et la capacité à mettre en avant un éditeur ou auteur dont il apprécie le travail). Pas de doute et malheur à celui qui ne sait pas choisir sa came (dieu que le commerce peut être de nos jours malhonnête, je suis d’accord avec Thierry) : au moment de la rédaction d’une tribune que même
Télé Z aurait considéré avec une certaine suspicion, il y eut confusion entre deux des « Fiches Métiers » publiées par l’ONISEP (il faut dire qu’elles se ressemblent toutes et que dans la pénombre en étant éméché…). Comme l’écrit en réponse Antoine Gallimard, « on s'en amuserait presque, si l'écho donné à ses propos vains et démagogiques ne risquait pas de faire du tort à toute une profession », et également, serais-je tenté d’ajouter, de servir un marchand (Amazon) qui ne peut compter que sur de tels alliés.